Associer arbres et cultures n'a rien d'une nouveauté : les vignes en hautains, palissées sur des arbres vivants, ont existé pendant des siècles en Italie et dans le sud-ouest de la France. La mécanisation les a fait disparaître, et c'est la contrainte climatique qui les ramène aujourd'hui sous une forme repensée.
Ce que l'arbre change à la parcelle
Une haie ou une rangée d'arbres coupe le vent, ce qui réduit l'évapotranspiration de la vigne et limite le dessèchement du sol. L'ombre portée abaisse la température de quelques degrés aux heures les plus chaudes, ce qui suffit à éviter l'arrêt de la maturation. Les racines profondes remontent des éléments minéraux et améliorent la structure du sol, et la matière organique des feuilles nourrit la vie souterraine.
S'ajoute un effet moins visible mais réel sur les auxiliaires : chauves-souris, mésanges et insectes prédateurs trouvent des abris, ce qui aide à contenir certains ravageurs sans traitement.
Ce que cela coûte
L'arbre concurrence la vigne pour l'eau et la lumière, surtout les premières années, et la rangée qui le borde produit moins. Il faut aussi adapter le matériel : un enjambeur ne passe pas partout, et la taille des arbres devient un poste de travail supplémentaire. Enfin, la plantation engage sur plusieurs décennies, alors qu'un cep se remplace en trois ans.
Un pari sur le long terme
La difficulté tient au décalage des horizons. Un arbre planté aujourd'hui met dix à quinze ans à rendre le service qu'on attend de lui, alors que la contrainte climatique se manifeste maintenant. Les aides publiques à la plantation existent et couvrent une partie du coût, mais elles ne compensent pas la perte de production des rangs bordiers pendant la phase d'installation. C'est un investissement que les domaines en fermage hésitent à consentir, faute de certitude sur la durée du bail.
Où cela se pratique
Les essais se multiplient dans le Sud-Ouest, en Languedoc et dans la vallée du Rhône, souvent avec des essences locales choisies pour leur enracinement profond et leur feuillage tardif, de façon à ne pas ombrager la vigne au débourrement. Les organismes de recherche suivent ces parcelles depuis une quinzaine d'années, ce qui commence à donner des séries de mesures utilisables.
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